Un extrait

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Depuis Flix, la route suivait le cours de l’Èbre. Fleuve nonchalant, luisant comme une longue couleuvre sombre. Elles étaient là si proches, ces eaux dans lesquelles s’étaient baignés ses parents et avant eux leurs parents, ces eaux qui attiraient et dispensaient la vie dans ce pays plissé de montagnes sèches. La fraîcheur était tombée, mais elle n’avait rien à voir avec le froid vif des soirées pyrénéennes. Par la fenêtre de la portière ouverte, Antoine respirait des odeurs étrangères, mates, grasses. Des odeurs lourdes de secrets envasés, entraînés par les flots lents. Des odeurs minérales aussi, venues de ces roches grises qui portaient un manteau d’arbres maigres et tortueux. Le ciel commençait à s’obscurcir. Il avait pris le temps de s’arrêter à Lleida pour manger une assiette de pain, tomates, olives et serrano, arrosés d’un vin parfumé du Priorat qui l’avait mis de bonne humeur. Puis il avait flâné autour de la cathédrale. Mais à l’approche de la nuit, Antoine se reprochait cette étape trop prolongée.

Les lumières d’un hameau à sa gauche attirèrent son attention. Peut-être son regard s’attarda-t-il trop longtemps sur deux enfants accroupis qui jouaient sur le pas d’une porte, peut-être cette image le fit-elle rêver à une autre réalité.

Il comprit que, malgré la faible allure de son véhicule, il arrivait trop vite sur ce pont étroit, aperçu trop tard.

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